jeudi 5 juin 2008

La nature s'est faufilée en ville


Quelle surprise... Je lisais talleure un roman de François Barcelo sur ma galerie avant, effoiré sur une couverture - crochetée par ma soeur aux mille talents - agréable d'épaisseur et de douceur quand j'entendis un buissement de feuilles incongru si proche de mes oreilles. Je tournai la tête et que vis-je ? Un siffleux² qui se faufilait entre le solage de ma maison et les feuillages touffus des hémérocalles plus très loin de fleurir qui en font étroitement le tour ! [- Je songe d'ailleurs à faire repeindre l'«anuminum»* qui recouvre la maison d'une couleur plus foncée afin que les fleurs oranges de ces plantes ressortent mieux.
- Eille t'es tu malade ? Sais-tu combien ça coûte des caprices de même ?
- Wan, c'est vrai que si ça reste blanc ça va estre plusse 'conomique mais 'magine... si c'était noir foncé là là, le look toé !]

Première fois que j'en vois un depuis les vingt-cinq années que j'habite ma demeure. La fois d'avant, c'est non loin de chez mes parents, une famille entière avait élu domicile sous une maison voisine habitée par des citoyens paisibles qui ne les avaient pas chassés. Celui-ci avait l'air en excellente santé et j'ai été surpris de lui voir des yeux aussi doux. Enfantins presque. Après tout, il n'était peut-être, malgré sa grosseur, qu'un jeune enfant.

À peine remis de cette aventure surprenante, je sors sur l'autre galerie pour vérifier le contenu de l'un des bacs car demain est le jour de ramassage des non-recyclables quand j'entends un vacarme assourdissant reconnaissable entre tous : un vol d'oies me survolait à très basse altitude. Woahouhhh... Elles m'ont semblé noires et brunes. Mais elle sont passées très vite. Je dis des oies... mais qui sait, c'était peut-être des cygnes. Quoique des cygnes, ça me surprendrait qu'il y en ait autant dans le monde que le nombre d'oies de ce simple - mais abondant - vol. Pas eu le temps de me retourner, elles avaient déjà disparu dans le loingtaing.**

Si j'étais l'heureux possesseur de l'un des ces objets rarissimes appelés téléphones portables, je vous aurais mis des photos du siffleux - car imaginez-vous donc que l'on peut dorénavant prendre des photos en téléphonant via le même appareil - mais... j'ai eu beau me pointer au magasin de la Cloche et même à celui de Roger, tous deux présents dans le centre d'achats du coin, je ne m'en suis pas encore procuré un. Ce qui est bizarre quand on songe que l'un d'entre eux est GRATUIT, avec forfait de trois ans à 30$ minimum par mois. Mais il y a un tout petit problème : j'ai de la misère à voir les boutons minusculissimes portant les chiffres dessus. Et quand, à force de concentration, j'en aperçois un, c'est pour découvrir que si je pèse dessus, je vais appuyer en même temps sur au moins quatre autres autour avec mon doigt trop gros pour ces petites bestioles.

_________
* Anuminum : aluminium en parler paysan du Québec fropond ***
** Loingtaing : lointain en parler fredeskien
*** Fropond : profond en frelu

² Photographies de siffleux

mercredi 4 juin 2008

Thé aromatisé


Eh oui... par-ci par là, je vais mentionner mes découvertes culinaires. Qui n'en sont probablement que pour moi. Mais je ne vais pas lire toutes les recettes de la planète au cas où quelqu'un d'autre aurait vécu la même expérience que moi, hein !

Distrait comme d'habitude, donc, j'avais oublié un fond de jus dans une tasse. Et comme vraiment plus paresseux que Fredesk, c'est dur à trouver, je n'allais pas salir un autre contenant pour boire mon thé. Alors j'ai versé ce thé qui allait sûrement m'enlever ma toux dans ladite tasse. J'adore le thé mais pas me brûler alors je le laisse toujours refroidir - en fait je l'oublie - le temps d'une partie de dominos en ligne...

Et j'ai finalement avalé ce breuvage... un délicieux thé aux pommes. Pour étirer la saveur, je n'ai pas vidé la tasse en entier avant de la remplir de nouveau...

Futur présent

Je viens de voir dans Blogger Play des photos qui vont être prises à 14 h 26 cet après-midi et il n'est que 3 h 47 du matin ici en ce moment ! Bon, je sais que c'est simple à expliquer mais le voir de visu avec mes oeils... han...

J'ai innové aujourd'hui. Avant j'achetais un sac de pommes de terre - communément appelées patates, ici - quand j'en avais le goût et, arrivé chez moi, j'en faisais cuire deux au crimozonde, les dégustais en me disant que c'est donc bon des vraies bonnes patates pas frites, pas pilées, juste des vraies patates. Je rangeais le sac et... l'oubliais jusqu'à ce qu'un bon matin une odeur bizarre et mystérieuse ne m'oblige à m'en ressouvenir. Et ledit se retrouvait à la poubelle.

Là j'ai pas pris de chance : j'ai fait cuire toutes les patates tout de suite. Pis c'est bien aussi parce que c'est une variété que je n'avais jamais vue. Ça donne des petite patates toutes pareilles presque, toutes du même format. Facilement consommables vu leur petitesse. Et elles sont délicieuses. Russet, leur nom. On en parle un peu sur cette page. Le plus surprenant, c'est que j'apprends qu'il y a aussi des pommes Russet. Merci Internet. C'est fou tous les renseignements mis à disponibilité par ce moyen. Ces vergers ont beau être tout près de chez moi...bêtement, je n'y suis jamais allé !!! Je dis bêtement parce que je me rends compte que j'ai parcouru l'Europe en long et en large et que je n'ai pratiquement pas visité la ville où j'ai vécu une grande partie de ma vie. :) Et, euh... il y a bien des chances que je ne la connaîtrai jamais. Suis plus autant porté sur l'escalade que dans ma «frime» jeunesse, nessepas.

Je découvre ces jours-ci un auteur d'ici aussi : Georges Dor. Je ne savais pas qu'il avait écrit des romans historiques. En ce moment, je lis de lui «Le fils de l'Irlandais». Je dis romans historiques mais ça ne s'appelle peut-être pas comme ça. Ça raconte via un joli roman la fondation des villages entourant Drummondville. En tous les cas, c'est ce qu'il me semble. Ça se lit très bien.

lundi 2 juin 2008

Reviens

Je savais que tu étais là mais je ne te voyais pas encore. Je savais que je te rencontrerais aujourd'hui mais ce ne sont pas nos corps qui ont pris contact. Je ne sentais plus tout à coup ta présence. Il pleuvait des absences de soleil sur la terre jaunie.

La tasse de thé se vidait sans que mes lèvres y soient pour quelque chose. Ça se passait ailleurs, je sais pas où. Quelque part où les professeurs n'insistent pas sur les négations à ne pas massacrer. J'ai dû faire chauffer l'eau de nouveau. Le prof était parti.

Le pianiste échafaudait des tours musicales, ses notes les plus ténues chatouillaient déjà le ciel. On entendait des cascades de rire en provenance des nuages. Peut-être était-ce les gouttes d'eau qui s'amusaient des hommes ?

Je savais que tu n'étais plus là mais je voyais ton ombre s'effacer dans le lointain. Je savais que demain encor je t'attendrais à la même place. Que même si jamais nos doigts ne se touchaient, nos langues ne se mêlaient...

© Fredesk

dimanche 1 juin 2008

Tired genius


Le vent chuchote des monologues dans l'embrasure des portes mangées de pourriture;
Des fantômes de flammes, cachées dans l'âtre éteint depuis des années, réchauffent des invités absents;
Quel fracas : c'est la falaise qui, grignotée par les assauts des marées, laisse tomber une tranche de passé.

Les branches effeuillées du chêne menacent la nuit
Plus personne ne s'aventure dans ce parc, hier enchanteur
Trop de crimes ont souillé ses allées : le gardien y piquait les feuilles sans défense...
Il reste encore des traces ensanglantées sur la margelle du faux puits.

Ça grince dans les glènes.
Essaie de revivre si tu le peux,
Semble dire la pierre tombale au squelette.

Des lierres rébarbatifs pendent en désordre de tous les fils électriques du hameau
Des halots, jadis si populaires, ne se traînent plus que quelques escargots défraîchis.
Il pleut, un orage se prépare, des zébrures orangées décorent le ciel dans le lointain, comme des rubans

C'est l'anniversaire
L'écume porte des toasts
Et le vieil if, consentant, dodeline du chef

Le premier bouchon saute
L'if trébuche et s'affale sur l'éboulis,
ivre mort

La fête terminée
les rats grignotent les restes.


© Fredesk, 30 janvier 1994 (enfin retrouvé dans mes paperasses)

samedi 31 mai 2008

Dix jours


Dix longs jours
à me ronger les cuticules
à me demander où elle est passée
l'artiste
la trompettiste qui nous souffle de la vie
la violoniste qui fait pleurer ses cordes

Dix longs jours
à ruminer nos vieilles histoires d'amour
en se disant que c'était bien bon
jadis
au tout début
quand on pétait l'feu d'énergie

Dix jours
à la regarder écrire
penché derrière son épaule
à tresser ses cheveux blonds
de mes doigts translucides

Dilonjours
didelilonjours
didelidelidelidelonjours
dilonjours

Denis est parti au monastère

On était en demi cercle sur la grand galerie, tous les voisins. Des vieux, des plus jeunes, même quelques ados qui se plaisaient avec nous et nous rejoignaient dès qu'ils nous apercevaient. Surtout quand le soleil tapait dur ou bien qu'il pleuvait à «siaux» comme on disait, ou bien «à boère deboutte». Comme les galeries communiquaient de l'une à l'autre, on n'avait pas à se mouiller pour se réunir et piquer une jasette. Ou même, juste pour ne pas être seul. Même si on disait rien des fois. Une des voisines, ça la faisait rire : «Vous êtes là à fumer vos pipes ou à regarder dans le beurre avec les jeunes qui ont l'air de trouver ça ben correct de rien faire de même. Z'êtes bizarres, les hommes.»

Ben, on est comme ça, nous les hommes. On médite, on réfléchit des années et tout à coup, on a un éclair de génie et on invente un truc et toute la planète nous remercie. Ou on écrit un livre. Ou n'importe quoi. On n'est pas obligé de «faire» de quoi pour être heureux. Même si des fois ça nous pogne et qu'on s'en va tous dans la grange-atelier de Bertrand et on se patente de quoi. Les jeunes sont contents : ils apprennent à se servir de leurs mains et de quelques outils. Améliorer nos vies, de même. Réparer la maison, construire un ajout. Creuser une cave à bras, tous ensemble, tranquillement pas vite.

C'est comme ça les hommes. Même s'ils ne se disent pas un mot pendant des heures. Même si tout ce qu'on entend dans une journée entre nous peut être aussi réduit que : «On l'a fait hier, avec Fernande.» Voulant dire par là qu'il a fait l'amour avec sa femme. C'est une banalité, peut-être. Mais pas pour lui. Ça importait pour lui et il nous en a fait part. On respecte ça.

Pis ce soir-là, il pleuvait à fendre l'âme et Denis nous a annoncé qu'il entrait chez les moines. Denis, il a trente-sept ans. Il est le seul professeur du village. Il enseigne tous les niveaux de la première à la douzième. Le primaire le matin et le secondaire l'après-midi. Tous ses élèves ont toujours eu leurs diplômes. Un excellent prof. Il sait montrer, il sait faire aimer une matière. Personne n'a essayé de le faire changer d'idée. Il a le droit d'aller vivre où il veut. Mais Marcel... je l'ai vu, il pleurait sans bruit, un peu derrière Denis qui ne pouvait pas le voir. Marcel... c'est l'ami d'enfance de Denis. Il l'a su bien avant nous que Denis s'en allait. Mais là, c'est demain que Denis s'en va. C'est pas une blague. Tous les arrangements ont été faits.

Quand il s'est levé, Denis nous a pris la main à tous, un par un, lentement. Il a serré le petit Louis dans ses bras plus longtemps que l'on se serait attendu. Louis... c'était sa fierté de prof.

Denis : - J'vous aime, les gars.

Il est parti. Et on l'a plus jamais revu.