samedi 31 mai 2008

Dix jours


Dix longs jours
à me ronger les cuticules
à me demander où elle est passée
l'artiste
la trompettiste qui nous souffle de la vie
la violoniste qui fait pleurer ses cordes

Dix longs jours
à ruminer nos vieilles histoires d'amour
en se disant que c'était bien bon
jadis
au tout début
quand on pétait l'feu d'énergie

Dix jours
à la regarder écrire
penché derrière son épaule
à tresser ses cheveux blonds
de mes doigts translucides

Dilonjours
didelilonjours
didelidelidelidelonjours
dilonjours

Denis est parti au monastère

On était en demi cercle sur la grand galerie, tous les voisins. Des vieux, des plus jeunes, même quelques ados qui se plaisaient avec nous et nous rejoignaient dès qu'ils nous apercevaient. Surtout quand le soleil tapait dur ou bien qu'il pleuvait à «siaux» comme on disait, ou bien «à boère deboutte». Comme les galeries communiquaient de l'une à l'autre, on n'avait pas à se mouiller pour se réunir et piquer une jasette. Ou même, juste pour ne pas être seul. Même si on disait rien des fois. Une des voisines, ça la faisait rire : «Vous êtes là à fumer vos pipes ou à regarder dans le beurre avec les jeunes qui ont l'air de trouver ça ben correct de rien faire de même. Z'êtes bizarres, les hommes.»

Ben, on est comme ça, nous les hommes. On médite, on réfléchit des années et tout à coup, on a un éclair de génie et on invente un truc et toute la planète nous remercie. Ou on écrit un livre. Ou n'importe quoi. On n'est pas obligé de «faire» de quoi pour être heureux. Même si des fois ça nous pogne et qu'on s'en va tous dans la grange-atelier de Bertrand et on se patente de quoi. Les jeunes sont contents : ils apprennent à se servir de leurs mains et de quelques outils. Améliorer nos vies, de même. Réparer la maison, construire un ajout. Creuser une cave à bras, tous ensemble, tranquillement pas vite.

C'est comme ça les hommes. Même s'ils ne se disent pas un mot pendant des heures. Même si tout ce qu'on entend dans une journée entre nous peut être aussi réduit que : «On l'a fait hier, avec Fernande.» Voulant dire par là qu'il a fait l'amour avec sa femme. C'est une banalité, peut-être. Mais pas pour lui. Ça importait pour lui et il nous en a fait part. On respecte ça.

Pis ce soir-là, il pleuvait à fendre l'âme et Denis nous a annoncé qu'il entrait chez les moines. Denis, il a trente-sept ans. Il est le seul professeur du village. Il enseigne tous les niveaux de la première à la douzième. Le primaire le matin et le secondaire l'après-midi. Tous ses élèves ont toujours eu leurs diplômes. Un excellent prof. Il sait montrer, il sait faire aimer une matière. Personne n'a essayé de le faire changer d'idée. Il a le droit d'aller vivre où il veut. Mais Marcel... je l'ai vu, il pleurait sans bruit, un peu derrière Denis qui ne pouvait pas le voir. Marcel... c'est l'ami d'enfance de Denis. Il l'a su bien avant nous que Denis s'en allait. Mais là, c'est demain que Denis s'en va. C'est pas une blague. Tous les arrangements ont été faits.

Quand il s'est levé, Denis nous a pris la main à tous, un par un, lentement. Il a serré le petit Louis dans ses bras plus longtemps que l'on se serait attendu. Louis... c'était sa fierté de prof.

Denis : - J'vous aime, les gars.

Il est parti. Et on l'a plus jamais revu.

vendredi 30 mai 2008

Jour 2 : la moufette et la cerise de France

Vous pourrez dire ce que vous voulez, de nos jours tout va très vite. La preuve : hier je naissais et ne savais encore que gazouiller et voyez déjà la différence ! Un autre fait nouveau (depuis je ne sais quand) : avant on mangeait des cerises de France qui provenaient de France - je suppose. Là on déguste des cerises de France qui ont poussé en Californie. Si notre estomac s'y retrouve, on est chanceux. C'est vrai que la mention «de France» a disparu sur les affichettes devant les produits mais ça goûte idem qu'avant, ça doit donc être la même espèce de cerises. Dites... si, au lieu de jeter les queues et noyaux à la poubelle, je les «sème» à la volée dans mon jardin, vous croyez qu'il me poussera là des cerises de France québécoises ?

Talleure, j'ai assisté à de quoi de rare. La rencontre entre un cycliste et une moufette³ non apprivoisée. La bestiole se nourrissait à son habitude en fouillant le sol de ses pattes griffues et en se promenant de ci de là. Arrive un jeune cycliste qui passe à côté d'elle. Bien occupée, elle ne bronche pas. Le cycliste risque-tout fait un virage en U et revient, s'arrête au mileu de la rue et, sortant son téléphone portable de sa popoche, s'approche vraiment tout près de la moufette et fait trois photos. Je dirais que la bibitte était de bonne humeur. Il a rien eu à subir. Elle s'est laissée photographier comme une reine de mode en prenant même une pose avec la queue en panache...

Si vous voyez une photo de moufette dans un blog de ce soir, ça sera sûrement ce jeune qui habite pas loin de chez moi.

Faut encore que je paufine mon style mais je pense que j'ai appris à écrire passipire en une journée.

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³ Renseignements sur la moufette et photographie

jeudi 29 mai 2008

1er jour

bli bla ble ble, hiaa haaaaaaaaa